Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l'intégrité de son moi. Milan Kundera

Rue des Forgerons...

Je l'ai bien connue la rue des Forgerons de Nabeul. Et le souvenir est bien précis. C'était le passage obligé pour rendre visite à mes grands-parents. Et à chaque fois, j'avais droit à cette phrase de ma mère "ne regarde pas...c'est dangereux pour les yeux". Cette injonction qu'elle répétait inlassablement de crainte que les étincelles de feu ne viennent blesser ma vue...

De la rue des Forgerons, ce texte écrit par ma cousine qui n'est pas née dans cette ville mais qui porte en elle toute cette mémoire...Si les vécus sont différents, ils se rejoignent autour de ces quelques mots "Souk al Haddada"... ces mots... l'essence même de notre patronyme...


Rue des Forgerons

Je ne marche pas.
Je me confonds un instant avec le lieu, avec ma propre déambulation, mon regard tourné vers le minaret illuminé, le soir tombé. Les hommes encore assis attablés et l’odeur du pain, il est encore temps, il est toujours temps de saisir le dernier pain comme si la journée alanguie offrait non pas ses derniers moments, mais le commencement d’une vie crépusculaire attisée par la disparition progressive des formes, des choses et des corps.
Ni affairement, ni précipitation, je règle sans conscience mon allure sur les dalles, dans l’alternance des lumières et des ombres de la ville. C’est la lenteur, la lenteur de mes pas qui me guident, comme le prolongement de ce qui se tient derrière les portes ouvertes.
Je suis là, je suis dans cette extrême simplicité, ravie d’avoir parcouru l’espace qui sépare la cour intérieure de la place toute proche dans la splendeur du soir.
Sales, étroites, sombres, mêlant l’odeur du cuir aux détritus qui jonchent les angles fouillés par les chats en déroute, qui pourrait dire pourtant la sensation d’une révélation.
La gloire brutale de la nuit dans la ruelle !!

Corinne Haddad

5 commentaires:

Val a dit…

Bonjour,
Merci pour ce petit moment de rêveries et de tranquillité..Très jolie rue et surtout, merci aussi de m'avoir fait découvrir Corinne Haddad; je trouve qu'elle écrit très bien;
Val

Neapolisept a dit…

Me voilà comblée mes deux premières nièces qui se rejoignent grâce à notre rue, notre maison, nos souvenirs.
Je suis ravie, heureuse que la mémoire perdure et qu'elle sera transmise.
Dans cette rue des forgerons, j'ai fait mes premiers pas, dans cette rue des forgerons j'ai passé mon enfance heureuse , entourée de mes parents et de mes frères. Dans cette rue des forgerons...
Une nièce artiste peintre, une nièce en agrég de philo, et une tante pour les bénir.
Je remercie le ciel et les encourage ,encore et encore à écrire, et peindre ma Tunisie, le berceau de nos racines.
Bises à Michelle et Corinne.
Désirée

moghrama a dit…

très touchant ce texte de ta cousine et encore plus , le commentaire de votre tante ! un amour aussi profond pour la ville de Nabeul en particulier et pour la tunisie en général ne peut être que salué merci michelle . bonne et douce journée

Lyse a dit…

Une jolie promenade dans la rue des forgerons.

Quel beau texte que celui écrit par ta cousine

Touchant message que celui de ta tante.

Il a fait bon s'égarer chez toi, aujourd'hui, Michelle.

Je pars sur la pointe des pieds, avec beaucoup de respect et d'admiration, sincères, pour la famille que vous formez.

Bisous et bonne soirée michelle

elgreco a dit…

Que du bonheur cette Famille
5*5 dit-on n'est ce pas

@+++
:-)

http://rachedelgreco.blogspirit.com