Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l'intégrité de son moi. Milan Kundera

Moi aussi...J'ai pleure...

Tu es rentré ce matin en anonyme ailleurs
Tu ne seras plus anonyme ici...
Je ne peux pas laisser la beauté de ton texte caché
Je ne peux pas laisser la force de ton cri tout seul
Je ne peux pas cacher mes émotions devant ton mal
Je ne peux pas cacher mes larmes devant ta sincérité
Dans cette main qui se tend, je pose la mienne
Pour qu'elles se rejoignent au-dessus de NOTRE Tunisie
Merci.

C'est ma réponse à ce qui suit


J'ai découvert ce blog par hasard. Je suis tunisien musulman expatrié au golfe depuis peu. La photo de la porte de Sidi Bou Said, puis l'amour de la Tunisie que j'ai senti dans chaque mot, que ce soit dans les articles ou les commentaires, a fait que des sentiments de nostalgie et de mal du pays refassent surface.
J'ai navigué sans méthode passant du jasmin, aux citations, au pépé aux yeux rieurs, puis soudainement j'ai senti mon cœur cesser de battre, mon estomac se nouer et mes yeux qui piquait. Comme d'habitude j'ai réussi à ne pas pleurer, ou plus exactement j'ai réussi à bloquer mes larmes. J'ai lu ça :
"Je pose la question à "ma Tunisie", pourquoi nous as-tu laissés tomber?
Nous étions nous aussi tes enfants."
Ça fait mal.
Je ne prétends aucunement répondre au nom de la Tunisie, de NOTRE Tunisie, mais ce dont je suis sûr c'est que un pays comme le notre ne devrait pas laisser tomber ses enfants. Ce dont je suis encore plus sûr c'est que ce n'est pas notre Tunisie qui vous a fait ça, mais c'est quelques uns de ses enfants. Quand je dis quelques uns je ne veux pas en minimiser le nombre, c'est peut-être quelques milliers, quelques millions ou même quelques générations. Notre Tunisie ne se limite pas à cela, c'est des milliers de générations qui durant des millénaires ont été un exemple de tolérance.
En mon nom personnel je demande pardon à mes compatriotes obligés à s'exiler. Et sans arrogance aucune, je me permet de vous demander - au nom de notre Tunisie – de ne pas utiliser l'imparfait. Vous êtes (et non pas étiez) aussi ses enfants

12 commentaires:

TATA ICHTIR a dit…

Bonjour, je rentre de voyage, et vous avez décidé de me faire pleurer! Cher Anonyme , vous avez une merveilleuse plume, vous avez écris avec votre coeur et cela me touche profondément, car je suis juive tunisienne, je ne suis pas exilée, je vis depuis de nombreuses années en France, mais je n'ai jamais quitté ma Tunisie.
Je crois que mes coreligionnaires utilisent un terme pas très approprié au choix fait par certains juifs français de quitter la Tunisie. Cela n'empêche pas que la déchirure est la même pour tous ceux qui quittent leur terre natale.
Vous avez raison de dire que la Tunisie est le pays de la tolérance, de la douceur de vivre et le Président actuel ne cesse de dire que ce pays appartient à tous ses enfants quelle que soit leur religion.
Je reviens de Djerba ,où j'ai assisté au pélerinage de la ghriba et je peux témoigner de la joie des 6000 pélerins venus à l'occasion de France, Israêl, Italie, Angleterre, Canada, Suisse, Belgique. Les visiteurs déambulaient, chantaient, , dansaient même heureux d'être là de se retrouver là, les plus religieux portaient une kippa, les enfants juifs de l'ile de djerba allaient à l'école laîque la tête couverte, suivent l'école talmudique le samedi.
C'est le seul pays arabe à ma connaissance qui offre une telle quiétude, une aussi grande ouverture.
Michelle l'a compris, mais ne peut s'empêcher d'exprimer les sentiments d'une enfant partie trop tôt du pays de ses racines, elle y revient par sa peinture, par les émotions qu'elle transmet par son attachment.
De grâce, cher anonyme, dévoilez vous car un tel témoignage, mérite une reconnaissance et j'aimerai tant vous connaitre et vous remercier pour les merveilleux mots .

Massir a dit…

Je joins ma voix à celle d'Anonyme.

dardar a dit…

@tata ichtir
voila un blog que j attendais
j en ai pleurer
du vif
une demonstration une reconnaissanse a tous les enfants du pays
une incitations a la toleranse
un exemple a mediter et a suivre
a la meme epoque a sidi ali el hattab
saint musulman
s est deroulera vingt km de tunis sur la route de beja et pendant trois jours les memes rites avec en plus une fantasia une issaouia une soulamia e la visite du wali
ou chaque coorporations des saints de tunisie avis son cites et son repere sans oublier lala hariz representant sidi mehrez chaillah
le saints des musulman et des juifs
rabi efalek ya tta

Michelle - Artiste Peintre a dit…

@ Tata Ichtir
Effectivement chacun son ressenti et il est respectable.

@ Massir
Ça ne m'étonne pas, avec toi quel apaisement quand on est ton amie.

@ Dardar
Merci de ton passage. Et si nous faisions ce rêve que tous les enfants rentrent à la maison...

Anonyme a dit…

quel hasard: à mon tour d'ajouter mes pleurnicheries:

"Confession
ou
Les meurtrissures du silence

Quittant une rive que l’on connaît et que l’on aime, pour une France sans chaleur
Où l’accueil est un exercice si difficile qu’il semble parfois totalement ignoré
Autant que votre peine, bien celée il est vrai, pour avoir du renoncer à ses amourettes, ses amitiés, et à ses jeux.
Le désespoir qui vous submerge lorsqu’on vous invite à entrer sans raison
dans des habits que l’on découvre soudain trop étroits
Qui vous empêcheront de grandir et de vivre et vous gêneront à chaque instant,
Vous vous redressez alors bien vite et prompt à survivre. comme si l’urgence d une nouvelle mort devait se répéter
Vous vous épuisez dans un rôle qui n’est pas le vôtre ; erreur de casting
Vous quittez un monde d’échange pour une terre du paraître où le premier qui frappe a gagné
Vous fuyez alors dans toutes les directions pour échapper à vous même hideux dans vos oripeaux sans le savoir
Reniant ce que vous auriez dû être et ce que vous auriez dû vivre
Pauvre petite intelligence obscurcie
Qui vous mène aux confins de l’irréparable
Car je me rappelle avoir pleuré d’être encore en vie

Alors pourquoi le désespoir béat et sot de la survie est il parfois récompensé par le temps
J’ai renoncé de longue date à croire en ta justesse : imposteur qui se veut divin
DIS MOI toi qui revendique qu’on t’honore
Où étais tu lorsque je t’ai supplié ; qu’as tu fait pour moi
Je ne demandais qu’à rire
Rire seulement, était-ce trop?

09/04/2008"

Michelle - Artiste Peintre a dit…

Quelle confession Monsieur !

Ce ne sont pas des pleurnicheries. Votre texte est si beau.
Et combien se reconnaitront dans ce ressenti que vous exprimez à merveille.
Vous pouvez m'écrire sur emkablog@gmail.com

A bientôt

Breitou a dit…

Monsieur,

J’ai lu votre poème en confession.
Je ne connais pas votre âge mais les mots que vous utilisez sont comme du nectar sur du miel.
Ils résonnent hauts et forts dans l’indescriptible incohérence que nous avons tous vécus, nous les juifs tunisiens autrefois, dans notre cher pays OMNA TOUNES EL KHADRA.

Toute nostalgie entraîne CHAGRIN.
Qui dit CHAGRIN dit DEUIL.
Beaucoup de nos compatriotes juifs ont porté ce DEUIL.
En silence mais avec une grande amertume.
D’autres n’ont pas coupé ce lien ombilical malgré les vicissitudes de l’histoire. Nous refusons avec notre cœur et notre raison l’éloignement. L’OUBLI. Cet assassin du passé.

Il serait trop long dans ce commentaire d’énumérer les causes qui ont conduits notre grande communauté pacifique à FUIR. Oui, à fuir. Il serait vain même de parler de justesse ou de justice lorsque les dés ont été jetés quant au sort de celle là. Nous avions eu L’OBLIGATION MORALE ET PHYSIQUE de partir et on nous l’a fait comprendre par des moyens perfides. Il suffit de lire l’histoire des JUIFS DE TUNISIE, les histoires des JUIFS de TUNISIE pour s’en convaincre.

Le MEKTOUB c’est imposé à nous.

J’ai été parmi ceux dont le MEKTOUB a bien voulu me donner la satisfaction de jouir pendant 45 ans de ma ville, de ma belle vie là bas, avec un enthousiasme débordant. D ieu dans sa grande miséricorde fait de moi un homme TUNISIEN JUIF heureux, heureux.

L’appel du pays ne m’a jamais quitté et c’est toujours avec un immense plaisir que je retrouve ce bain de jouvence qu’est mon PAYS NATAL. Celui dont la terre abrite mes chers aïeux. Lorsque j’ai demande à mon père quelques heures avant de mourir ‘...Où veux tu être enterré PAPA... ?’ Il m’a répondu sans l’ombre d’un doute et sans sourciller ‘....Ouni... !’ Dans la terre de ses parents. Loin de toute la grisaille. Parce qu’il ne se voyait pas se VETIR D UN AUTRE COSTUME autre que celui de sa terre natale. Voilà pourquoi, je mets un point d’honneur à ENTRETENIR chaque année son habit de lumière blanche.

Un transfert voulu en toute connaissance de cause, je n’aime pas le mot PARTIR, car cela sous entend ne plus revenir, s’est posé à nombre d’entre nous durant cette époque agitée où tous les soubresauts de la politique du moment allaient dans un sens non voulu par les juifs contemporains de cette période. Ils ont eu à subir de graves événements.

Il fallait partir.
Toute autre communauté, prise entre le devoir de rester et subir ou échapper à des incertitudes se doit de faire un choix dans certaines circonstances.

Mais tout cela n’enlève rien à l’amour sincère que nous portons à la PATRIE, celle qui nous donne tant de joies et de bonheur.


Quant aux stigmates que nous portons, ils ne sont que reflets d’un beau passé inoubliable.
Que nous portons non pas comme une besace aigre mais comme des CADEAUX.
Loin des meurtrissures du silence.


Albert.

Michelle - Artiste Peintre a dit…

Mon Cher Breitou,

Et tu es resté très tunisien pour mon plus grand plaisir car pour moi qui suis partie alors que je n'étais qu'une enfant, tu es une source inépuisable en anecdotes, histoires, souvenirs et expressions qui me plongent en permanence dans notre culture.
Merci Breitou

Anonyme a dit…

Michel, Albert, d'autres, tant de gentillesses m’embarrassent. Je ne sais pas y répondre convenablement.
….Peut être en me montrant plus clair ?

Je ne suis ni juif, ni musulman, pas plus que tunisien bien que les naissances en Tunisie dans ma famille remontent à une époque antérieure à l’apparition du mot ‘colonialisme’, à plus de trois siécles.
A ce titre je serais donc plus tunisien que certains d’entre eux venus plus récemment d’Algérie, de Libye ou de Turquie .

On m’a appris à faire le Français, mais ce n'est pas là non plus mon origine.
Français ?’C’est un emploi que je rempli assez bien, avec une différence notable par rapport à mon père : j’ai décliné toutes obligations militaires, tandis qu’il s’y couvrait d’honneur paraît il. Je préfère me dire européen, car telle est ma culture, et puis l’esprit ne connaît ni pays ni frontière.
Longtemps j’ai cru pouvoir dire, comme le faisait M. Boujnah dans une réplique d’ «un été à la Goulette » répétant ces mots hagard au début des émeutes indépendantistes : ENNA TOUNSI !
Certain disent qu’on est du pays où l’on naît….

J’avais tout faux : un individu bénéficiant d’appuis parmi les plus hauts s’est installé chez moi à Carthage , ne me laissant pas d’autre choix que de lui vendre la maison que je destinais à ma retraite. On m’a obligé une seconde fois à quitter la Tunisie, cette fois ci comme un français trop encombrant. On a piétiné mes rêves et mon amour pour ce pays : L’ostracisme ne fonctionne pas qu’à sens unique…

Comment faire comprendre que n’étant, ni juif , ni arabe, ni pied noir, ni même touriste, avec un tout premier ami d’enfance musulman, une scolarité où dans une classe de 26 élèves en tenant compte des races, des nationalités et des religions nous parvenions à compter 19 combinaisons différentes qui vivaient simultanément heureuses entre elles, comment faire comprendre que le choix impossible d’une étiquette vous laisse durablement orphelin lorsqu’on vous prive de votre amour d'un pays?
On dira que l’absence d’identité claire est affligeante quand elle se double d’un amour qui tombe dans le vide .

Ce qui demeure, c’est la Tunisie avec ses traditions ses espoirs : Je l’observe parfois douloureusement car son présent et le mien ne me conviennent pas toujours. De temps à autre un cri ou une larme m’échappent . Mais tout rentre vite dans l’ordre : j’aime tellement, tellement cette Tunisie. C'est un merveilleux présent, c'est exact.

Pardon Michelle de squatter votre Blog; on se le fait quand ce couscous ?

Michelle - Artiste Peintre a dit…

@ Anonyme

On se le fait quand vous voulez le couscous et sachez que vous ne squattez aucunement mon blog, vous êtes ici dans votre maison.

Elle est ouverte à tous.

Mettez-y vos souvenirs, vos douleurs et vos joies, vos coups de coeur et vos coups de gueule...

La maison de Carthage ne sera plus à cause d'individus qui vous ont dénié le droit à demeurer sur votre Terre, vous ont exclu parce que différent.

En France on appelle cela du racisme et il y a tout un arsenal juridique mis à la disposition des victimes.

En Tunisie, je ne sais pas.

ENTI TOUNSI, c'est tout ce que je sais.

TATA ICHTIR a dit…

bonjour ,c'est Tata Ichtir, vous lire ce matin a fait battre mon coeur tant l'émotion était grande. Nostalgique, passionnés par la Tunisie, décu, que de mots, que d'images.
Moi qui suis viscéralement attachée au pays de mes ancètres, je suis ravie de voir combien ce petit pays de la méditerranée vous séduit, vous lie à jamais à lui.
Pour anonyme que j'invite à aller déguster le couscous de la boule rouge , je lui propose de voir avec un avocat international pour son problème car la Tunisie applique les mêmes lois qu'en France et que s'il est victime d'une injustice, il pourra récupérer son bien. Par ailleurs, il peut aussi se rendre au consulat général de tunisie à paris et je pense qu'on l'écoutera avec attention.
S'il souhaite se faire aider par une association franco tunisienne ,Michelle pourra lui transmettre les coordonnées par mail de notre association.
Mon souhait serait que toutes les personnes qui se retrouvent sur le site de Michelle (que je remercie encore, car les lire confortent cette idée fixe que j'ai : La Tunisie, c'est un pays qui vous prend, qui vous lie à lui à jamais), projettent ensemble un voyage en Tunisie, à Nabeul éventuellement, pour se retrouver, se ressourcer, échanger et "kiffer".

Claude a dit…

Je reconnais que je n'ai pas l'habitude de lire des messages aussi bouleversants, et c'est peut-être une stupide pudeur qui m'empêche de parler de larmes, mais une vague profonde et puissante m'a fait vaciller.
Est-il possible qu'un jour nous ne soyons plus des orphelins, des arbres qu'on a transplantés, dont les racines cherchent inutilement la terre maternelle et les feuilles le soleil paternel?
Je ne sais pas, mais j'ai l'impression que ce à quoi on aspire c'est à la paix, à l'amour entre les humains, entre eux et la planète, et ça, je crains de mourir avant de le voir.
En attendant j'aime tout ce qui sent le jasmin, je ne me suis pas fait à une autre nourriture, et la musique des chaudes nuits de fête sous le ciel étoilé m'a laissé une empreinte que je ne retrouve nulle part dans le monde.
Chers amis, je ne cherche pas qui a provoqué cette catastrophe, autant chercher le responsable d'un tsunami, mais nous sommes toujours là guettant le miracle.