Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l'intégrité de son moi. Milan Kundera

Bonne annee, Shana Tova et Aid El Fitr Mabrouk...

Non, je n'ai pas encore commencé à arroser ma soirée, c'est réellement le nouvel an juif.
Ce soir nous mangerons beaucoup de miel pour que l'année soit douce. Et quand les rouleaux s'ouvriront, les prières iront vers tous les enfants d'Abraham...


22 commentaires:

Zied a dit…

Inchallah Kol 3am ou enti haya bekhir Michelle !

HNANI a dit…

عام مبروك، وشطرا على التهنأة بالعيد

Michelle - Artiste Peintre a dit…

Merci Zied
Contente de te retrouver ici. Je vais trés souvent te visiter sur ton blog où je trouve tes posts trés intéressants.
A bientôt, ça me fait plaisir de te lire. Bonnes fêtes.
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Merci Hnani,
Même si je ne sais pas lire l'arabe, ni l'hébreu d'ailleurs.
Mais grâce à la magie de Google outils linguistiques, j'ai pu déchiffrer lol.
Je comprends quand c'est écrit comme l'a fait Zied.
Merci encore et à bientôt sur "Ma Tunisie".
Bonne journée et bonnes fêtes

24Faubourg a dit…

koll am haya bkhir bkhir

TATA ICHTIR a dit…

Bravo Michelle d'avoir pensé à tous les enfants d'Abraham. Mes parents doivent être fiers de là où ils sont de leur petite fille qui est à l'image de l'esprit et des valeurs familiales: ouverture, tolérance, amour du prochain , des racines et du pays qui nous a vus naître.
A tous ceux qui te lisent (en français , en arabe,en hébreu je traduirai s'il le faut) AID Moubarak, saïd wé omor médid, kol sénè wé entom tayïbine , bi khaïr.
Chana Tova le koulam, ou métouka khatima tova!
Bonne Année, Bon Aïd.
Désirée

AntikoR a dit…

ש ה טובה
Shana tova Michelle et Snin dayma

L'année derniere aussi çà a coincidé avec le début du ramadan et cette année c'est avec l'aid.

Ici la note de voeux de l'année derniere à cette occasion.

Anonyme a dit…

Chana tova Michèle, tata Ichtir, Albert si tu me lis.
bonne fête pour tous.
c'est vrai que l'an passé cela a coïncidé avec ramadan en septembre également...
un septembre pas comme les autres où j'ai succuleusement goûté aux deux rites dans un flagrant paradoxe mais dans une harmonie et un bien-être qui me rappelait à chaque instant combien les enfants d'Abraham étaient frères et combien leurs croyances pouvaient se confondre ...
au point de diluer toute animosité
au point d'éliminer toute haine
au point les voir se réunir autour d'un Dieu unique et miséricordieux.

Je garde encore cette douceur au fond du palais avec cette image unique, magnifique d'un fils respectueux qui levait le jeûne avec des dattes et du lait quelques minutes auparavant pour entamer dans les minutes à venir les prières du Shabbat :kippa et jus de raisin autour d'une table bien garnie et dans le respect absolu des deux religions...
Pourquoi sommes -nous si têtus, si bornés ?
Qui nous donne ce droit d'écarter telle ou telle croyance?
Qui nous rend si sûrs de nos valeurs,de nos convictions pour les faire primer sur les autres quand nous pouvons croire et communiquer dans la paix?
Qui ?...Qui?
Lorsqu'il suffitjuste de s'aimer .
Lilia

Michelle - Artiste Peintre a dit…

Bonjour Lilia,
Heureuse de te lire à nouveau et ton témoignage est d'une grande sagesse.
Vois-tu quand j'ai écrit "Croyons au miracle de la Paix dans le coeur des hommes"
c'est parce que je crois profondément que lorsque l'on est en paix avec soi-même, on est forcément en paix avec les autres.
On ne choisit pas ses amis en fonction de leur religion mais par tout ce qui nous rapproche.
A bientôt Lilia
Je crois qu'ici tout le monde aime te lire.

Breitou a dit…

Bien sur que je te lis Lilia.
Et quel plaisir, si tu continues comme cela
Je vais succomber aux charmes de tes mots.
Je lis tout ce beau monde.
Et je veux être à la fête avec vous.
Partager ces moments paisibles
Sous la grande tente d’Abraham.
Sentir le thé, boire le bon vin
‘Sorti de la bonne treille.’

Vous aimer, oui vous tous
Aimer mes gens de là bas.
De mon pays qui coulent dans mes veines.
Et ceux d’ailleurs aussi.

C’est à nous de promouvoir cet esprit
Que nos parents et nos aïeuls nous ont transmis.
De notre union sacrée nul ne peut nous en défaire.
Nous avons trop souffert nous, les enfants d’Abraham
Dans le temps,
Pour que viennent d’autres semer zizanie haine et rancœur.
Dans notre présent et futur.

Ecoutons nos cœurs plutôt car aimer c’est vivre paisiblement
Avec l’autre. Avec notre prochain. Avec notre frère.

Cette année encore voit nos deux fêtes nous unir dans la joie
Je vous souhaite bonne santé surtout.
Et que les tragédies épargnent nos enfants, nos vies.

Quelle verve tante Hichtir. 5X5 pour toi.

Qol snin deimé oun challa rabi yatinè el amor twil
Fél hénè ou fél solh.

TATA ICHTIR a dit…

Et voilà nous tournons une page du livre de Thora, du saint Coran, et le chapitre sur lequel je voudrais que l'on s'arrête est celui qui évoque, la paix, la sérénité, la solidarité, l'altruisme, le don de soir ... Amen, Emine.
Lilia, tu vois à paris, j'ai plusieurs amies qui sont dans le même cas que toi et tout se passe bien pour elles, elles sont en paix avec elle s mêmes et ne se posent plus de questions, ou de moins en moins, bravo de t'exprimer avec ton coeur et cela nous fait trés plaisir.
Que les années à venir,seront des années de révélations et de miracles . Rabbi yehdi men khalaka!
Alors Albert quelles nouvelles? quelle belle prose tu as, tu vas finir par séduire toutes celles qui te lisent... Continue à t'ouvrir ainsi . on dit en arabe"ouakrek ouakrek"....
Alors unissons nos voix pour faire taire ceux qui n'aime pas la différence, qui ont oublié la tolérance et qui ne rêvent que de vengeance. Nous nous sommes des humains et nous aimons tous les humains.
Chavoua Tov, Jemâa mbourakha, Osbou3 Sa3ïd, bonne semaine.

Anonyme a dit…

c'est pour tout le monde mais surtout tata Ichtir qui je ne sais pourquoi me rend nostalgique...
peut-être pour ce tata qui lui confère un certain âge..
peut- être parcequ'elle semble incarner la tante en tous ses sens de grandeur et d'amour pour ses proches
comme un garde-fou,
comme un ange gardien mais à la juive qui laisse faire mais contrôle tout de loin et de prés , jamais tranquille et mechkeka pour TOUT
peut-être que je me trompe mais je suis sûre que si c'est le cas, tu sauras me pardonner!
tata Ichtir, cette lecture est pour toi surtout et pour les autres aussi...

Toujours un extrait de Lyhoudya

Nona était une très vieille dame sans âge . Peu bavarde et austère, elle tenait les clés du monde, celui de la maison de ma grand-mère et de mes tantes.
Toujours ce même visage fermé et ridé, habillée de noir ou de gris avec de longues nattes qu’elle semblait n’avoir jamais défait, depuis un siècle déjà.
Un foulard de couleur gaie interrompait mal son air de deuil. Elle se trouvait toujours sur la même chaise, dans la pièce centrale qu’elle ne quittait que pour un besoin intime ou pour dormir notant tout du regard et ponctuant de temps à autre ses observations de remarques sèches et criardes s’abattant sur nos têtes plus vives qu’une cravache .
Tout en elle prêtait au malaise et à la crainte. Nous craignons notre aïeule et nous évitions de jouer dans son périmètre d’observation.

« Je suis une gornia et non une tunisienne » ne cessait-elle de nous répéter fièrement .
Nos petites têtes remplies d’un vide sidéral de nos origines et de l’histoire de l’humanité en particulier du peuple juif, cette ascendance qui se finalisait jusqu’à moi...
Une génétique ancestrale arrivant jusqu’à moi mais à moitié et dont je me voulais libre.
Mon aïeule était d’origine italienne et descendait directement d’une famille livournaise. Son père escorté de sa famille avait fui les années 1820, la Livourne en Toscane, dans le centre de l’Italie.

« Je voudrai être enterrée dans le bithahaiem des granas avec les miens :les Dramnas et jamais ailleurs.» surenchérissait-elle toujours avec toute la fierté du monde et une surestimation de ses origines et de sa lignée hors du commun comme elle aimait souvent le répèter .
Seulement, elle omettait de nous prendre à part dans un cours particulier de soutien où elle partirait en éclaireur évoquer le passé et l’histoire de sa Livourne.
En 1421, cette dernière était encore un petit port de pêche fortifié soumise à Florence. Sous l’influence du grand duc de Toscane Ferdinand de Médicis, les installations portuaires furent agrandies et un canal fût construit pour relier la ville au port voisin de Pise. Livourne fût alors ouverte au commerce italien et devint depuis un grand port italien. Elle comptait comme beaucoup d’autres villes d’Italie de nombreux ghettos. Ces derniers ( issu de l’hébreu ghett = divorce) sont nés de l’intolérance croissante des chrétiens à l’égard des communautés juives désireuses de préserver leur spécificité. Le premier ghetto officiellement établi fût crée à entourés de murs dont les portes se fermaient obligatoirement la nuit. Il était même obligatoire que les juifs portèrent des signes distinctifs en dehors des ghettos. A la différence des séfarades (juifs orientaux) qui jouissaient de cieux plus cléments et tolérants des communautés musulmanes, les juifs de l’Europe médiévale furent longuement persécutés et souvent expulsés d’une Europe plongée dans son plus haut et obtus moyen âge. Sous l’influence de la révolution française, des mouvements libéraux naquirent .A sa suite, les systèmes de ghettos disparurent progressivement au cours du XIX siècle. En 1870, le ghetto de Rome devenu le dernier ghetto officiel en Europe fût aboli par Victor Emmanuel II, roi d’Italie. Lors de l’explosion de leur ghetto, des centaines de juifs livournais émigrèrent vers l’Afrique du Nord recherchant asile et nourrice dans ces contrées plus clémentes et douces où le soleil se lève toujours chaud rappelant un pays aimé mais fuit dans une hâte dictée par la peur et les appréhensions de nouvelles persécutions et de nouvelles douleurs.
En Tunisie, ils évoluèrent en masse, toujours regroupés dressant des barrières virtuelles, calquées sur celles d’une juiverie non loin et parlant une langue autre que celle des séfarades, un mélange d’arabe, d’hébreu mais surtout emprunte d’un italien chaud et roucoulant. Leurs coutumes et traditions continuaient à être vernies d’un legs ancestral plutôt à l’occidental et ils se malaxaient à la population hôte sans se fondre entièrement, dans un esprit vif et jovial. Beaucoup d’entre eux furent d’habiles commerçants dans un souk de la vieille ville arabe de la capitale. Ce dernier continue à porter leur nom: souk El Grana faisant allusion à ses premiers concepteurs , même après le nouveau départ de 1967 des juifs tous confondus.
Ils pérennisèrent tout le long de leur passage une ségrégation au sein de leur propre communauté : l’essentiel de leur religion était retrouvé mais ils tenaient fébrilement à sauvegarder leur spécificité peut-être par vanité aiguisée propre à l’étranger qui a souvent tendance à ennoblir inconsciemment ses origines ou pour mieux transcrire les siècles de persécution et de torture et de ségrégation au sein de leur propre pays. Même en accompagnant leur mort dans leur dernière demeure, ils dressèrent des limites et les regroupèrent dans le quartier des granas au bitahaiem de Borjel ( à la sortie de la capitale)!

Ma Nona était une gornia mais elle ne prît jamais la peine de nous l’expliquer peut-être parce qu’elle était analphabète et que l’enseignement était encore une lumière inaccessible pour ses semblables en particulier celles de son sexe ...peut-être aussi parce que les temps étaient troublés et se prêtaient très mal aux explications et aux leçons d’histoire des générations précédentes!
Une chose est sûre, je n’eus ouie de cette belle et unique leçon d’histoire ancestrale que récemment dans mon irrésistible ferveur de ressusciter le passé, mon passé.
Ma Nona m’inspirait la peur et je lisais dans ses yeux, une haine tacite pour mon père qui accentuait mon malaise au sein de ma propre famille.
Un silence ourlé de reproches alourdissait l’ambiance générale et ma tête pétrissait un million de suggestions pour s’arrêter toujours sur la même explication. Le mariage de mes parents serait toujours férocement refusé. Pourquoi lorsque tout le monde se marie et fait des enfants ?
Je ne pouvais comprendre qu’en ces temps et depuis toujours, il n’était pas accepté qu’une juive aille avec un arabe et qu’il lui fasse des enfants même s’ils sont unis par les liens du mariage. Ma mère d’un commun accord avec mon père cassa cette interdiction. Toute sa progéniture fût reconnue par son conjoint.
Depuis, le conflit s’est établi.
conflit ancestral depuis la nuit des temps..
conflit des enfants d'Abraham qui a toujours perduré et qui perdure toujours aussi lancinant et plus vif qu'une plaie profonde...
un conflit absurde et inutile mais tellement sensible que nul ne pourra jamais chiffrer à combien peut durer une seconde de souffrance .
Nona devinait sans peine que les enfants de sa petite fille étaient tous voués à être arabes et par conséquents musulmans. Cela la morfondait et ne pouvait pardonner à mon père " le RB" comme le disent les juifs de Belleville.
Elle aurait sûrement pu oublié s’il avait fait de nous des bâtards et de ma mère une fille mère mais qui leur serait revenue avec une ribambelle d’enfants tous
« borma casher ».
Borma casher : étiquette difficile à saisir mais qui a longtemps écorché et chatouillé mes oreilles dans un paradoxe étrange mêlé à un arrière goût contradictoire fait à la fois de dégoût et de plaisir .
Borma casher signait impérativement que tous les descendants d'une mère juive sont automatiquement juifs sans nécessiter de passer par le rabbin pour embrasser la religion de Moïse.
Mais me fallait-il vraiment cette AMM de cashérisation pour me frotter à plein temps dans les jupons de mon monde, celui de ma mère?
Fort heureusement, il est un âge où tout peut être drainé par une coulée d’insouciance et de moindre joie.
Cet âge, c’est l’enfance où aucun parti ne peut jamais être définitivement pris et où je ne pouvais m’empêcher d’avoir une famille juive, de nombreux petits amis juifs. Cela ne m’empêchait pas non plus d’avoir un livret familial juif, un prénom juif et de totalement me confondre à la communauté juive.
Je faisais la queue dans les hangars de la rue Arago appartenant au comité juif O.S.E et qui pendant les grandes fêtes ou grandes occasions distribuait vivres et aides sociales pour les déshérités de la même confession. Il ne comptait que des juifs.
Et je ne connaissais pas d’autre monde que celui-là.
Il s’offrait à moi, modeste certes mais rempli de jovialité , d’air de fête et du bonheur.
Que du bonheur!
Chaque vendredi, ma mère nous prenait chez ma grand-mère et nous retrouvions avec bonheur tous les membres de ma famille.
Des airs de fête tâchés de temps à autre de ciel gris menaçant d’orage où notre tante Margot nous préparait le couscous du shabbat autour duquel toutes les haches de guerre et animosités se dissolvaient comme par un grain de magie.
La viande était toujours présente et ma tante tâchait toujours de faire couler un " tem boukha" (boisson alcoolisée blanche) pour amadouer Nona et de la bière et du whisky pour le restant de la famille.
La boisson alcoolisée n’étant pas interdite dans la religion juive, elle honorait souvent leur fête et leur "shabbat ".



Ps:
Nona est décédée presque centenaire mais à Paris juste quelques temps aprés son départ de Tunis et fût enterrée à Pantin dans un carré épars tout juif confondu !

Lilia

Breitou a dit…

Si l'émotion avait un nom, je la nommerai LILIA.

Douce Lilia, merci pour ces extraits de LIYOUDIA.

Merci.

TATA ICHTIR a dit…

Bonjour Lilia,
Merci pour ce passage de "lihoudya" poignant et criant de vérité.
C'est drôle mais nous aussi on appelait notre grand mère Nona, mais elle venait d'andalousie , c'était une Guez.. Nous l'avons peu connue , c'était une brave femme qui vouait sa vie à ses enfants et ses petits enfants. je porte son prènom Esther (en premier). Tu as bien fait d'évoquer l'histoire de livournais et de leur arrivée en Tunisie. Certains s'imaginent qu'en tant que juifs, ils n'ont été brimés que dans les pays arabes, alors que si l'on revoit l'histoire, ex en tunisie, le bey a protégé les juifs...
Bref, on ne va pas parler de cela encore!
Ton histoire m'a émue, mais je la comprends totalement. Lihoudya,la juive, c'est moi aussi car, malheureusement encore de nos jours dans certains milieux, je fais la sourde parfois, quand on m'évoque, parfois cela me fait mal ,mais d'autres fois je me dis, cela vient de personnes tellement incultes, oui ,mais..
Continue à écrire, continue à laisser pour la mémoire les choses qui doivent se savoir, même si elles font mal .
Je vais me permettre de mettre ton texte dans deux de mes sites car j'y tiens, j'ai besoin toujours et encore que l'on sache, que l'on comprenne l'histoire des uns et des autres;
Merci encore lilia

Anonyme a dit…

merci tata Ichtir...
merci Breitou pour tes paroles si gentilles mais je ne suis pas si douce..
Plutôt et toujours un fond terrible et versatile
Plutôt et toujours comme une bête féroce si je ne peux mieux dire qui montre souvent ses crocs pour mordre dans le vif avant d'être mordue...
avec moi, c'est toujours cru mais tu sauras comprendre si tu me lisais encore dans ce nouvel extrait de Lyhoudya...

Il est des sentiments et des passages de vie que rien ne peut effacer même pas l’usure du temps.
Nona avait des manières rudes et une langue de vipère. Elle nous malmenait parfois en mobilisant une énergie impropre à son âge et à son rang et un racisme fanatique en émergeait.
Nous étions les enfants de l’arabe et nous ne pouvions disposer de la maison de grand-mère avec les mêmes libertés que mes cousins et cousines.
Parfois encore, mes tantes se mettaient à parler dans une langue que je déchiffrais instantanément avec une agilité surprenante pour mon âge.
J’entends encore "Mémé", ma grand-mère maternelle soufflait à l’une de mes tantes :
« Parle en français, la petite ne comprend pas ! »
J’aurai aimé hurler du haut de mes cinq ans :
« non, je comprends tout!»
Mais le courage de Marcel Pagnol dans une situation similaire me manquait et le silence continuait à être mon allié pour faire mourir les mots avant leur formulation.
Dans ces bribes de conversation surprises et écoutées, je reconstituais indéfiniment le puzzle. C’était toujours le même conflit israélo-palestinien,
judéo- musulman qui opposait les deux clans,
mes deux clans : celui de mon père et de ma mère.
En fait, il juxtaposait indéniablement ma vie et la départageait en une double appartenance difficile à gérer.
Ce sentiment de duplicité que je traîne encore me revient de loin.
Chez les juifs, j'étais impérativement la fille de l'arabe et chez les arabes, j'étais indéfiniment la fille de la juive. Identité véritablement meurtrière, très justement revendiquée par Amine Maalouf .
On ne m'avait pas appris à ne pas ployer sous mes divergences car partout où j'étais, je n'étais jamais entièrement moi.
Sentiment omniprésent de diminution, d'offuscation et d'humiliation.
Une démarche peu sûre, un pied dans chaque camp et surtout une instabilité caractérielle, positionnelle du fait d'être en permanence assise sur deux chaises.
Jamais bien assise, je trébuchais constamment dans mes différences.
In utero, ils avaient déjà oeuvré pour mon départage et le clivage fût une œuvre amèrement et indéfiniment lourde de conséquences. Aussi, je me suis rarement prononcée, émis le moindre avis car il m’était impossible de prendre un parti sans que cela ne soit au détriment de l’autre. Je n’ai jamais pu haïr un clan et le radier de mon champ de vision sans renverser la médaille et subir ses émanations douloureuses.
Chacun était moi et j’arrivais à les aimer et les détester les deux en même temps dans une confusion frôlant la folie.
Je me sentais en permanence sollicitée par l’un ou l’autre et chaque fois que je m’exauçais chez l’un, je faillais à mon autre.
Un sentiment persécuteur de culpabilité animait mes réactions et je me sentais pécheresse envers mes deux appartenances. Impossibilité de conciliation, difficulté de départage et surtout un clivage définitif dans des identités indéfiniment meurtrières.

Je note plus loin rien que pour l'histoire et jamais pour dénoncer car tu comprendras mieux que quiconque Albert toi qui aimes écrire , que l'écriture n'est autre pour moi qu'un exutoire, une forme de thérapie et jamais pour faire le procès des autres encore plus des miens!


J'avais appris à discerner avec les années, ce mépris collectif qui peignait mon entourage à l'évocation de mes origines.
Le temps m'avait appris à exceller dans l'interprétation des sous-entendus, le déchiffrement des grimaces et surtout à deviner les pensées, les assentiments au hasard d'un chuchotement, d'une phrase inachevée.
Il me suffisait d'un regard pour saisir ce qui n'a pas été formulé mais pensé.
Lyhoudia une appellation insolite, empreinte de mépris et de dégoût qui faisait gicler mon sang à une vitesse folle, révulsait mes entrailles, dressait mes oreilles et hérisser chaque poil de mon corps.
"L'yhoud "surtout parce que j'étais sur un sol arabe et que la terre appartient à son hôte mais aussi "l'arab " quand j'étais en compagnie des juifs.
Terribles étiquettes plus vives, plus lacérantes que la lame d'une épée qu’on retournait constamment et dans tous les sens dans le plus profond de ma chair.
Seulement, les deux étaient ma chair et je ne pouvais me couper de l’une sans saigner de l’autre!

Profondes écorchures, terribles bavures autocensurant tout raisonnement, intensifiant mes mécanismes défensifs, atrophiant au plus grave mon "moi" au profit d'un "surmoi "maladif jusqu’au grade d’un sadisme réactionnel car je ne m'aimai point.
Comment pouvais-je m'aimer quand tout prêtait aux railleries et rabaissements?
Comment pouvais-je m'accepter quand on ne manquait aucune occasion pour me rappeler mon insolite différence dans des comportements souvent hostiles ourlés de racisme et de haine?
Comment ne pas me refuser moi-même et vivre très mal ma double appartenance quand chaque camp rendait dur ma vie m'excluant d'ici et de là dans un terrible jeu du chat et la souris?
Eternel compromis de l’œuf et la poule, jamais résolu, toujours étalé!
Tout était pour que je ne cessai de croire un seul instant détestable et honteuse mon étrange appartenance où je ne trouvais ni racine ni authenticité.
Je me rompais à la préserver cachée de tout oeil curieux et tenir secret mon parcours personnel et celui de ma famille pour éviter de nouveaux leurres et de gratuites hostilités.
Pourtant, cela n'empêchait guerre les douleurs de venir jusqu'à moi et les chagrins de me déteindre et de me défoncer.
D'angoissantes impasses ouvrant toutes sur d'innombrables impossibilités parce qu'il est presque impossible à l'homme d'oublier lorsqu'il s'est couvert de honte et d'un profond écœurement de soi même comme ce soir d'un jour sans fin où on cria au voleur et que je fus fouillée.J'avais à peine six ou sept ans !
Atterrée et horriblement gauche, je me sentais coupable et désignée parce que la voix du faible est souvent imperceptible et celle de l'innocent encore plus sourde.
Je tremblais de tout mon corps et je me sentais couverte de honte car je croyais fermement que j’avais volé le parapluie sinon on ne m’aurait pas soupçonnée.
Un tel transfert existe-t-il en psychiatrie ?
Une telle confusion trouve-t-elle son entité dans la pathologie médicale?
J'ai su longtemps plus tard de part bma profession qu'une telle confusion trouvait son expression en psychiatrie:
le syndrôme de Stockholm où l'agressé pouvait tomber sous le joug de son agresseur au point de le défendre et de l'aimer.
Pour moi, c'était encore plus compliqué car j'inversais les rôles et croyais fermement en ma culpabilité.
Par tout cela, je comprends au mieux ceux qui détalent sous la panique au moindre cri ou alerte trouvant toujours quelque chose à se reprocher.
Des doigts de feu me désignèrent. J’étais forcément coupable jusqu’à preuve du contraire car je n'étais autre que
l'enfant des circonstances compromettantes.
Enfant de la honte.
Enfant de « lyhoudya hachek » était indéniablement la coupable.
Grâce à mon appartenance vécue comme une terrible malédiction, je fus soigneusement fouillée et des mains douteuses se portèrent sur ma frêle personne emprisonnant ma voix, mes larmes et ma révolte.

Depuis cette envie fauve de mordre et de hurler!



PS: si maintenant, je pouvais remonter le temps et revenir sur ma destinée et qu'on me demandait de choisir un parcours,je ne saurai que me lever même si cela me coûterait encore en douleur et en émotion..
même si je serai encore appelée à trébucher et souffrir...
je choisirai d'être Moi càd
Lyhoudya et l'Arabe
non pas parceque je ne connaisse pas d'autre profil et que l'habitude est une deuxième nature mais parceque j'ai réalisé que par cette destinée, je sortais du lot comme une grappe rare quelques uns et moi..
comme une gifle pour les érudits qui excluent les autres...
comme un pont pour faire passer les humains et rapprocher les frères!

Lilia

Michelle - Artiste Peintre a dit…

Tu es ce "pont" Lilia aujourd'hui plus que jamais.
Ton témoignage est poignant. Si tu étais devant moi, je te prendrai dans mes bras pour te dire : "ne pleure plus lilia, on t'aime comme tu es..."
Et à ceux qui te font encore des grimaces, je leur dirai que leur haine est d'abord la haine qu'ils ont d'eux-mêmes et qu'ils projettent sur l'autre.
Tu n'es pas coupable, tu n'as pas à avoir honte et tes parents non plus, tu es l'enfant de leur amour et l'amour n'est ni coupable ou honteux.
A bientôt petite soeur
Michelle

Anonyme a dit…

Délicate et tendre Michèle,
je t'ai écrit toute la nuit mais dans ma tête pour te dire combien tes mots sont ambres et tes bras sont calins..
je ne veux point casser tes rêves et être un trouble-fête...
je ne veux point te faire pleurer...
Juste qu'en panne d'éditeur et de courage, je t'offre ma lecture que seuls tes pinceaux et tes touches magnifiques ont su malaxer.
Alors peins ,peins jusqu'à nous enivrer de bleu, de blanc et de miel et que tous les "autres" se taisent!

Lilia

Breitou a dit…

Il y a l’amour que nous porte nos parents.
Et puis il y aussi l’affection que nous voue nos tantes et nos aïeux.
J’ai vécu mon enfance entre ma tante et ma grand-mère.
Et j’en garde les plus beaux souvenirs.
Une tante c’est le trait d’union entre nous et nos parents.
La mémé c’est celle qui bien souvent prend le parti de son, de sa petite fille.
Et c’est merveilleux.

Je vais lire ce soir.
Il me faut déguster ta prose comme un bon déssert après le couscous.

Breitou a dit…

J'ai tout imprimé 'belle' petit pont.

Que de fois je l'ai entendu ce mot '...YOUDI HACHEQ...!' Que de fois...! Mais bon.

Michelle - Artiste Peintre a dit…

Oui Lilia, qu'ils se taisent! Car les grimaces donnent un rictus et du fil à retordre aux chirurgiens esthétiques lol! L'addition risque de leur être plus conséquente!
Tu ne vas pas rester en panne d'éditeur longtemps crois-moi.Essayes de contacter David Reinharc
editionsdavidreinharc@yahoo.fr
Tu sais c'est l'éditeur de Rouge Harissa ou bien Mika Ben Miled des édititions carthaginoiseries.
Lilia, tu ne seras jamais un trouble fête. Ici c'est aussi ta maison, tu entres tout simplement pour y déposer ce que tu veux...
Tes cris, tes rages, tes bleus, tes rires et tes larmes...
Je t'embrasse petite soeur

TATA ICHTIR a dit…

Bon ,maintenant ,on arrête avec les émotions, on va tourner une page en gardant le meilleur d'elle, la substantifique moëlle, et nous allons tous profiter de la joie des uns et des autres et rire, sourire à la vie, à l'avenir , car ce ne sera plus comme avant, maintenant, on s'exprime, par l'écriture on se fait un exutoire, on accouche, et les êtres évoluent, et puis nous sommes là pour nous battre contre l'indifférence et l'acceptation de la différence. Lilia semble avoir (é travers ses lignes) une vie sereine à présent, alors, y3aïechkom iedhakou lil donia tedhkalkom, et si l'on évoquait quelque chose de beau, la peinure de Michelle, les pièces de théatre de braïtou Albert, mes recettes de cuisine ou notre philosophie....
Je vais bientôt me rendre en Tunisie, au Brésil et en Egypte , qu'en pensez vous???
Grosses bises à ma nièce Michelle qui fait le lien entre nous et a initié sa tata aux ntci, c'est grâceà elle que je peux écrire sur mes trois blogs. rabbi yaïechèk yé bint khouyé.
Chabbat chalom à Breïtou, bon couscous, moi j'ai fait de la bkaïla et affectueuses pensées à Lilia.

Breitou a dit…

Pour la substantifique moelle et bien voilà, ma femme est partie pour deux jours chez notre fille.
Elle m'a laissée le soin de faire qqs taches 'kippourales' alors que je n'ai jamais tenu un balai en 45 ans de mariage. Bref, les citrons à couper et à presser.

4 Kgs. J'y suis arrivé bien sur avec au bout de mes doigts des cloques. Rien de bien grave.
Ensuite, les coings pour la confiture.

Tout était parfait sauf que j'ai oublié de mettre les quartiers de coings dans la fait tout.

J'ai à présent au fond de ma casserole, un joli fond de caramel.

Ma femme rentre demain.

Tata Ishtir toi la REINETTE DE LA CUISINE ET HROUCHOUT peux tu me conseiller..???

Merci d'avance parce que je sens que je vais prendre la place des coings demain soir.

mounia a dit…

Inchalah aidkoum mabrouk, je viens de visiter ton blog et suis agréablement conquise..
Bonne année 2010 égallement et meilleurx voeux!