Milan Kundera

" Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l'intégrité de son moi ".

Deutéronome Ch.4 Verset 9

Deutéronome Ch.4 Verset 9
Guestbook

La-bas, mon pays...

C'était hier... par une nuit où le sommeil tardait à venir que j'ai allumé l'écran pour tomber sur la diffusion du film d'Alexandre Arcady " Là-bas, mon pays". Je l'avais déjà vu au moment de sa sortie en 2000 et il m'avait touchée à un tel point que les sanglots m'avaient accompagné tout au long de la projection.
L'histoire se passe à Alger comme elle aurait pu se passer à Tunis ou Casablanca...excepté le climat politique totalement différent. Cette histoire c'était un peu la mienne...Que de vies blessées, d'amours impossibles, de morts que l'on laisse derrière soi pour un ailleurs glacial que l'on ne connait pas vraiment.
Le héros interprété par Antoine de Caunes est un journaliste de renom sur une chaine de télévision. Il avait quitté l'Algérie en pleine guerre civile à 17 ans laissant derrière lui Leïla son amour passion et impossible... Un soir, il reçoit un appel au secours de Leïla et s'envole pour l'Algérie. Il se retrouve face à ce passé qu'il avait tenté d'oublier mais qui le rattrape...
L'histoire faite de flash-back nous montre l'évolution des êtres qui faisaient partie de son enfance algérienne. Tel Nissam, interprété par Samy Naceri, son ami du lycée Bugeaud militant actif du FLN qui lui disait ses rêves d'une Algérie où tout était à construire et qui finira par combattre un fléau de la terreur au sein même de son pays.
Telle Nelly Azera jeune médecin, interprétée par Mathilda May, dont la mère meurt dans ses bras juste avant son départ, laissera celle-ci reposer sur le sol d'Alger pour l'éternité.
Ou Leïla, interprétée par Nozha Khouadra, dont le père la séquestrait pour les empêcher de s'aimer, vivra le même enfermement avec son mari. La scène sur le port d'Alger où Leïla réussit à échapper à la vigilance de son père pour une dernière étreinte avec le héros, est d'une telle intensité qu'elle nous fait comprendre l'ampleur de cette déchirure qui ne cicatrisera jamais pour ceux qui sont restés ou partis...
Partis...sur le "Ville d'Alger". C'était pour la plupart des pauvres gens, loin des tractations des puissants, et les voir s'engouffrer dans le ventre du bateau m'a fait mal, même trés mal. C'est une scène intolérable. Voir s'éloigner ce pays qui restera au fond d'eux-mêmes le leur à jamais...
Que c'est beau Alger...!





Le "Ville de Tunis"

Tunis, le Cafe de Paris

Tunis, la gaieté de ses belles avenues, les marchands de jasmin, de glibettes...Les belles filles qui passent... Nous sommes en 1953, cette terrasse du café de Paris c'est leur quotidien, ils sont amis, ils sont peintres et leurs noms mythiques évoquent l'âge d'or de la peinture tunisienne, l'Ecole de Tunis.
Je regarde cette photo et je me dis comme ils semblent heureux ceux-là...Et je crois bien qu'ils l'étaient.
Comment ne pas l'être dans cette Tunisie qui avait tous ses enfants réunis...

Les bleus de ma memoire

Volutes de voiles Huile116 x 81

Des arbres peints en bleu, voulait le poète*
Le peintre** osa et les arbres furent bleus…
Et l’ombre alors ?
« Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible »
Avait-il répondu !
Mais savait-il ce passionné des muses des tropiques
Que dans le pays d’où je viens tout est bleu …
Tout ce bleu, tant de bleus inscrits en moi.
Au-delà de la mer, loin de ses rives bleues
Je connais par cœur sa lumière, ses ombres bleues
Le bleu de ses nuits et pur de son horizon...
Le bleu de ses portes et parfumé de ses embruns
Bleue ma couleur, mon amie, ma douleur…
Je te malaxe, te pose comme une caresse sur la toile
Tes nuances me calment, je les façonne comme un bien précieux
Bleu mon port d’attache, mes vibrations, mon jardin bleu…

* Baudelaire
** Paul Gauguin - les arbres bleus