Milan Kundera

" Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l'intégrité de son moi ".

Deutéronome Ch.4 Verset 9

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Mektoub...

On le disait chez moi pour toutes les choses de la vie heureuses, éprouvées, empêchées
C’était le mektoub…
Enfant, ce mot me faisait peur. L’idée que tout soit écrit d’avance était en soi une forme d’acceptation, de résignation quand le mektoub se riait de nous.
Il était l’explication à tout…Un mot pour soulager les maux d’une vie…Une réponse pour
l’inacceptable…
Maintes fois j’ai dit non au mektoub de ma culture. Je voulais être comme le marin qui ne peut décider d’où souffle le vent mais qui est capable d’orienter sa propre voile pour arriver à bon port.
C’est ainsi qu’un matin, je me surprends à le prononcer ce mot envoyé aux oubliettes.
Ce n’est pas mon mektoub…Ai-je répondu !

Photo plage de Nabeul - copyright Nabeulretrouvailles
En tête-à-tête …

Mektoub, pourquoi as-tu frappé à ma porte...

Alors que j’avais rendez-vous avec ma ville là-bas.
Depuis des mois se préparaient nos retrouvailles
Et chaque jour qui s’éteignait me rapprocher d’elle.

Je voulais m’enivrer à nouveau des parfums d’oranger
Soufflés par le vent dans ses rues étroites et tièdes
Et pénétrer tous les secrets de ses murs blancs chaulés

Je voulais cueillir les sourires de ma ville là-bas
Et écouter ces mots si lointains mais si familiers
Salam, sbah al kheir, Marhaba bik ya Lella…

Je voulais refaire le chemin à l’envers,
Et redevenir la petite fille insouciante, légère
Courant sur le sable chaud à perdre haleine

Je voulais me rassasier au miel de tes beignets
Et garder ce goût sucré comme un premier baiser
Doux, gourmand souvenir des bonbons d’enfant

Je voulais oublier toutes ces heures, ces années
Où nous étions séparés et comme une amante
Profiter de chaque instant passionnément

Je voulais m’imprégner de ta mer, de tes bleus
Et voir l’écume ensablée s’échouant sur ton rivage
De la plus belle des plages de ma ville là-bas…

Alors, apaisée un peu… J’aurais pu m’éloigner
Tout doucement les yeux pleins de couleurs…
Mektoub ou pas, j'ai suivi l' autre chemin ailleurs...

La Petite Fregate de Nabeul plage...

"La Petite Frégate"
restaurant du bord de mer à Nabeul
tenu par Ernest mon grand-père maternel .
Il est debout derrière la jeune fille au sourire radieux.

La Petite Frégate...

Aussi loin que je cherche, je ne les vois pas ces images.
Et pourtant « La Petite Frégate » fut, ce n’est pas un mirage

La photo est là… parvenue jusqu’à moi…je ne l’attendais pas.

Je la regarde, j’explore les petits détails, où sont-ils mes pas… ?
Derrière le comptoir? Tenant la main de mon pépé, dans la cuisine…?
J’ai beau faire des efforts, aucun visage… aucune voix… au café.
Juste des souvenirs, d’une ambiance, d’une époque, rapportés ceux-là.

Et les miens alors… ?
Emportés…! Plus rien.
Ils se sont noyés et « La Petite Frégate » aussi, quelque part là-bas…

La photo n'a pas suffi à sortir du naufrage de ma mémoire.
Peut-être que les coquillages, eux, se souviennent...


Merci Mourad...

Je ne te connais pas mais je ne cesse de découvrir ta gentillesse. Ce commentaire laissé comme une bouteille à la mer sur ton site de photos de Nabeul a trouvé un tel écho que, depuis, tu es devenu mon photographe personnel de l’autre côté de la rive…
C’est aussi grâce à toi que j’ai retrouvé mes pas d’enfant dans l’impasse et le passage obligé devant la mignonne petite synagogue devenue depuis une bibliothèque, tous ces clichés que tu as pris pour moi un dimanche matin sous le soleil d'hiver...

Mes joies quand nous prenions les calèches sur l’ancienne route de la plage… Que c’était bon d’apercevoir soudain la mer, de se précipiter pour enjamber les balustrades à la romaine, sauter sur le sable brûlant, et courir très vite vers l'eau...
Pour rien au monde, je n’aurais manqué ces bains de mer se terminant à l’ombre de "la Pergola" la faim au ventre autour d’une « kémia » au goût de chez nous…

L’image est là… J’ai le goût du sel sur mes lèvres… Le scintillement de l’eau au fond des yeux…