Milan Kundera

" Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l'intégrité de son moi ".

Deutéronome Ch.4 Verset 9

Deutéronome Ch.4 Verset 9
Guestbook
Affichage des articles dont le libellé est rue des Forgerons. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rue des Forgerons. Afficher tous les articles

Je reviendrai ...


Je reviendrai Rue des Forgerons...


Je reviendrai pour ton parfum...le cœur battant avec mes larmes

Je reviendrai Rue des Forgerons avec mes parents et la musique de l’enfance.

Je resterai là les yeux dans le vague, à vous chercher
Je resterai là avec mes attentes et vos ombres
Je sentirai le vertige dans l'impasse et même si j’ai grandi

Je sentirai la dureté du renoncement de ne plus pouvoir vous serrer dans mes bras…

Rue des Forgerons...

Je l'ai bien connue la rue des Forgerons de Nabeul. Et le souvenir est bien précis. C'était le passage obligé pour rendre visite à mes grands-parents. Et à chaque fois, j'avais droit à cette phrase de ma mère "ne regarde pas...c'est dangereux pour les yeux". Cette injonction qu'elle répétait inlassablement de crainte que les étincelles de feu ne viennent blesser ma vue...

De la rue des Forgerons, ce texte écrit par ma cousine qui n'est pas née dans cette ville mais qui porte en elle toute cette mémoire...Si les vécus sont différents, ils se rejoignent autour de ces quelques mots "Souk al Haddada"... ces mots... l'essence même de notre patronyme...


Rue des Forgerons

Je ne marche pas.
Je me confonds un instant avec le lieu, avec ma propre déambulation, mon regard tourné vers le minaret illuminé, le soir tombé. Les hommes encore assis attablés et l’odeur du pain, il est encore temps, il est toujours temps de saisir le dernier pain comme si la journée alanguie offrait non pas ses derniers moments, mais le commencement d’une vie crépusculaire attisée par la disparition progressive des formes, des choses et des corps.
Ni affairement, ni précipitation, je règle sans conscience mon allure sur les dalles, dans l’alternance des lumières et des ombres de la ville. C’est la lenteur, la lenteur de mes pas qui me guident, comme le prolongement de ce qui se tient derrière les portes ouvertes.
Je suis là, je suis dans cette extrême simplicité, ravie d’avoir parcouru l’espace qui sépare la cour intérieure de la place toute proche dans la splendeur du soir.
Sales, étroites, sombres, mêlant l’odeur du cuir aux détritus qui jonchent les angles fouillés par les chats en déroute, qui pourrait dire pourtant la sensation d’une révélation.
La gloire brutale de la nuit dans la ruelle !!

Corinne Haddad