Milan Kundera

" Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l'intégrité de son moi ".

Deutéronome Ch.4 Verset 9

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Nabeul ma ville

C'est bien connu de tous, Nabeul est un important pôle de l’artisanat tunisien.

Aujourd’hui, les échoppes de poterie se succèdent les unes derrière les autres dans la rue principale.

Je n’ai pas gardé ce souvenir là de mon enfance. J’ai la vision de commerces destinés aux besoins de tous les jours. Peut-être que les potiers étaient-ils en dehors de la ville ? Voilà encore une bonne raison d’enquêter…

La poterie qui fait la couverture de ce livre d’Art semble être ancienne, je la trouve très belle.

J’ai appris au cours d’une lecture que les productions récentes souvent destinées aux touristes ne symbolisent pas la vraie poterie authentique de Nabeul dont le motif de poisson était dessiné sur un fond bicolore jaune et vert.


Un plaisir simple...

Se réveiller de la sieste, traverser le patio encore brûlant et trouver des amandes fraiches décortiquées nageant dans un bol d'eau salée posé sur la table de la skiffa...

Un passe pas si lointain...



J'ai reçu cette vidéo ce matin.

Au fur et à mesure qu’avance ce blog, je réalise que je me suis engagée dans un véritable chantier de fouille et tel un archéologue je questionne, amasse les témoignages, le moindre détail contribue à reconstruire les pans de mon passé…

En reconstruisant ma maison intérieure, j’ai sans doute laissé de côté encore quelques pans de l’histoire familiale en Tunisie.

Ces sujets que j’abordais parfois en famille déclenchaient une telle souffrance que je décidais de pas poursuivre au-delà.

De ces larmes versées, quelquefois retenues, je décelais combien l’exil, pour eux, fut une déchirure intacte, vive que les années n’ont pas réussi à panser. On colmate comme on peut…

Ces derniers temps, j’ai risqué encore. Il le fallait… Mes parents étant dans cette tranche de vie où les années qui restent sont des cadeaux de Dieu comme ils disent…

Ainsi les shabbats s’animent d’anecdotes, de scènes colorées, de gens rencontrés, aimés, de sourires, de silences, de larmes…

Ils s’autorisent enfin…Ce fardeau est notre héritage aussi…Puisse-t-il un jour ne faire plus
mal…


L'Ile aux Prieres...

Où la lumière pose des paillettes d’or sur ses rivages, ses menzels, ses glaises.

Où les fidèles se rassemblent aux sons de la corne de bélier, de la cloche, du muezzin,

Et prient pour la vie de l’enfant qui pousse son premier cri,

Et prient pour la mort de l’homme qui a perdu son souffle,

Et prient pour le retour du marin au petit matin,

Et prient pour que la pluie fertilise les jardins,

Et prient pour que la Paix nourrisse le cœur des Hommes,

Leurs folies n’étant jamais très loin.

Et si ce n’était qu’un rêve…


Rupture...


Comme je l'écrivais précédemment, il a suffi qu'on extrait des entrailles de la terre de Kélibia si proche de Nabeul ma ville natale, un monument sacré du judaïsme pour que coule ce texte que je me suis mise à écrire, surprise de cette émotion suscitée par ce rappel historique qui vient démentir tous les oublis concernant notre présence sur cette terre.
Quand je te peignais, je t’appelais « maTunisie »
Et mes jours et parfois mes nuits, je les passais à recréer tes soleils, tes bleus, tes ombres et tes lumières alternant entre exaltation et douleur.
Il fallait que tu vives autour de moi et ce contact charnel envolé, je l’avais au bout de mes doigts maculés de matière que je posais sur tes ciels, sur tes sables, sur tes ruelles blanches…
Tu resteras une partie intégrante de nous-mêmes...
Terre de vie, Terre de douleurs transportées avec soi sur le chemin de l’exil où parfois quelques fenêtres de nostalgie, de souvenirs s’ouvrent pour les refermer aussitôt en se disant, c’est fini tout çà…
Tu es devenue un pays en bande dessinée dont les cases d’images floues et éparses ne pourront jamais constituer un album. Il restera inachevé… On a changé l’histoire et les personnages.
Aujourd’hui, je peins d’autres terres, d’autres soleils, d’autres bleus qui m’offrent ces étincelles de bonheur que tu ne me donnes plus.

Le Patio... La Vigne...


Et les saisons s'écoulaient comme une éternité avant de retrouver mon patio, ma vigne, les bruits et images de l'enfance où tout paraissait si grand, les lieux, les rêves et les promesses.

Elle a pris une bien curieuse forme cette vigne. Comme si elle souffrait de l’absence de nos rires, de nos discussions quand nous étions à l'ombre de ses branches généreuses et protectrices.

Comme elle semble tortueuse et tourmentée aujourd'hui qu'elle a choisi de se déporter de la gauche du patio vers la porte de la "skiffa"*** et n'offre plus au regard sa splendeur d'antan.

Qu'importe! Elle est la mémoire de notre famille.


*** La maison est articulée à l’espace public (la rue) par une entrée "skiffa", conçue pour préserver l’intimité du groupe des regards étrangers. Elle permet d’accueillir les invités lorsqu'on ne souhaite pas les recevoir à l'intérieur de la maison.